Une carte sobre, réglée au millimètre près

La Créa de la Semaine – Carte de visite « EFC Lab »

Sur une carte de visite, chaque millimètre carré se négocie comme une couchette dans un sous-marin. Le logo veut de la place, le nom aussi, la fonction, le téléphone, le mail, le site, l’adresse… et tout cela doit tenir sur 85 × 55 mm. La tentation est grande de réduire la taille du texte jusqu’à ce que tout rentre. Erreur de débutant. Après avoir présenté le logo d’EFC Lab, Graph’in ! a réalisé sa carte de visite, avec un parti pris annoncé dès l’article d’origine : « sobriété, professionnalisme et efficacité scientifiquement prouvés ! » Pour sceller la prise de contact après un rendez-vous, une carte à son image et à ses couleurs reste la meilleure alliée.

Le clin d’œil au laboratoire nous donne l’angle de cette Créa de la Semaine. Puisque la carte se veut efficace « scientifiquement », mettons la lisibilité sous le microscope : comment choisir et régler une typographie qui reste lisible en tout petit, autour de 7 à 9 points, là où se jouent les informations utiles d’une carte de visite ?

Le point typographique, unité de mesure du minuscule

En typographie, la taille d’un caractère se mesure en points. Un point vaut environ 0,35 mm. Un texte en 8 points a donc une hauteur de corps d’un peu moins de 3 mm, et ses lettres minuscules mesurent encore moins. C’est la taille courante des coordonnées sur une carte de visite.

Attention, cependant : deux polices réglées sur la même taille n’ont pas forcément l’air aussi grandes. Le corps mesure un bloc, pas la lettre elle-même. Certaines familles ont des minuscules hautes (on parle de grand « œil » ou de grande hauteur d’x), d’autres des minuscules plus petites, avec de longues montantes et descendantes. À 8 points, une police à grand œil paraît nettement plus lisible qu’une police à petit œil. C’est le premier critère de choix pour un petit corps.

En pratique, on considère qu’en dessous de 6 points, la lecture devient difficile pour une bonne partie des lecteurs. Entre 7 et 9 points, on est dans la zone habituelle des cartes de visite, à condition de bien choisir la police. Au-dessus, on gagne en confort, mais il faut de la place.

Choisir une police qui tient la distance en petit

Toutes les polices ne se comportent pas de la même façon quand on les réduit. Certaines, superbes en titre, deviennent illisibles en petit. D’autres, discrètes en grand, se révèlent excellentes à 8 points. Quelques critères permettent de faire le tri.

Une hauteur d’x généreuse

On l’a vu, des minuscules hautes rendent le texte plus lisible à taille égale. C’est le critère numéro un.

Des formes ouvertes

Les lettres comme le « a », le « e », le « c » ou le « s » ont des ouvertures (on parle de contre-formes). Plus elles sont ouvertes, mieux la lettre se distingue en petit. Une police aux formes très fermées voit ses « e » et ses « c » se confondre, et le texte se brouille.

Des traits sans contraste extrême

Certaines polices alternent des traits très épais et des traits très fins. Élégantes en grand, elles posent problème en petit : les traits fins deviennent presque invisibles à l’impression, surtout sur un papier texturé ou un fond coloré. Pour les coordonnées, on préfère une police aux traits plus réguliers.

Des chiffres bien distincts

Sur une carte de visite, on lit beaucoup de chiffres : téléphone, code postal, parfois un numéro de rue. Le « 1 » ne doit pas ressembler au « 7 », le « 3 » au « 8 », le « 0 » au « O » majuscule. Une police avec des chiffres bien dessinés évite les numéros mal composés… et les appels perdus.

Les polices sans empattement (dites « linéales », ou « sans serif ») sont souvent préférées pour les petits corps sur une carte, grâce à leurs formes simples et à leurs traits réguliers. Mais certaines polices à empattements, dessinées pour la lecture en petit, fonctionnent très bien aussi. Le test reste le juge de paix.

Et les capitales ?

Écrire tout en majuscules semble une bonne idée pour gagner en présence. En petit corps, c’est souvent l’inverse. Un mot en minuscules a une silhouette reconnaissable, avec ses montantes et ses descendantes ; l’œil le reconnaît d’un coup. Un mot en capitales forme un rectangle uniforme, que l’on doit déchiffrer lettre par lettre. On garde donc les capitales pour un mot ou deux (le nom, une fonction en petites capitales), et l’on écrit les adresses et les mails en minuscules. Pour les adresses mail, c’est même une évidence : personne ne tape un mail en majuscules, et le lecteur doit pouvoir le recopier tel qu’il le voit.

La graisse, l’interlignage et l’approche

Le choix de la police n’est qu’une partie du travail. Trois réglages font une grande différence en petit corps.

La graisse, d’abord. Une police en version « light » (maigre) paraît très élégante à l’écran, mais ses traits fins souffrent à l’impression en petit. Pour les coordonnées, une graisse normale (« regular ») ou légèrement plus appuyée est plus sûre. On réserve le gras à un élément précis (le nom, par exemple), pour créer la hiérarchie.

L’interlignage, ensuite. C’est l’espace entre deux lignes de texte. Trop serré, les lignes se touchent et l’œil saute de l’une à l’autre. Trop lâche, le bloc de coordonnées se disperse. En petit corps, un interlignage d’environ 120 à 140 % de la taille du texte est un bon point de départ.

L’approche, enfin. C’est l’espacement entre les lettres. En petit corps, un très léger espacement supplémentaire aide souvent la lecture, en évitant que les lettres ne se collent à l’impression. À l’inverse, un texte trop serré, pour gagner un peu de place, devient une bouillie dès qu’on l’imprime.

Le contraste, partenaire de la petite taille

Un texte en 8 points noir sur fond blanc se lit bien. Le même texte en gris clair sur fond blanc, ou en blanc sur un fond coloré moyen, se lit beaucoup moins bien. Plus le texte est petit, plus le contraste doit être fort.

Le texte en réserve (blanc sur fond de couleur) demande une attention particulière. À l’impression, l’encre du fond peut légèrement « baver » sur le blanc et épaissir le fond au détriment des lettres. En petit corps, cela suffit à boucher les contre-formes. On compense en choisissant une graisse un peu plus forte, et en évitant les polices aux traits trop fins.

Les couleurs de la charte peuvent s’appliquer au texte, à condition de rester assez foncées. Un logo dans une couleur vive est une belle chose ; des coordonnées dans cette même couleur vive, en 8 points, le sont souvent beaucoup moins. On réserve la couleur aux éléments en grand (le logo, un filet, un titre) et l’on garde une teinte foncée pour le texte courant.

Hiérarchiser sans tout grossir

Sur une carte sobre comme celle d’EFC Lab, la hiérarchie ne peut pas reposer sur la taille seule : il n’y a pas la place de faire de grands écarts. On joue donc sur d’autres outils, à petites doses.

  • la graisse : le nom en gras, la fonction en normal ;
  • la casse : la fonction en petites capitales, légèrement espacées ;
  • la couleur : une seule ligne dans la couleur de la charte, le reste en foncé ;
  • l’espace : un blanc un peu plus grand entre le bloc « identité » et le bloc « coordonnées » ;
  • l’alignement : tous les éléments calés sur une même ligne verticale, pour que l’œil descende sans détour.

Avec deux ou trois de ces outils, une carte en petit corps reste parfaitement organisée. Avec les cinq en même temps, elle redevient confuse. La sobriété, ici, est une méthode, pas seulement un style.

Le protocole de test (en blouse blanche)

Puisqu’on parle d’efficacité « scientifiquement prouvée », terminons par un protocole. Le voici, tel qu’on peut l’appliquer à n’importe quelle carte avant impression.

Première étape : imprimer la carte à taille réelle, sur une imprimante de bureau, et la découper. L’écran ment, toujours : il agrandit, il rétroéclaire, il lisse. Seul le papier dit la vérité.

Deuxième étape : la lire à bout de bras, puis dans une lumière faible, comme celle d’un restaurant ou d’un hall de salon. Si le numéro de téléphone demande un effort, il faut agrandir ou épaissir.

Troisième étape : la faire lire à quelqu’un d’autre, de préférence une personne qui porte des lunettes de lecture et qui ne connaît pas vos coordonnées. Si elle hésite sur un chiffre, le chiffre est mal choisi.

Quatrième étape : vérifier l’épreuve fournie par l’imprimeur, sur le papier définitif. Un papier texturé ou un pelliculage peut modifier légèrement le rendu des petits caractères.

Ce protocole prend dix minutes. Il évite d’imprimer cinq cents cartes que personne ne peut lire sans loupe.

La lisibilité au service de l’image

On pourrait croire que ces réglages relèvent de la cuisine technique, sans effet sur l’image de l’entreprise. C’est l’inverse. Une carte où tout se lit sans effort donne une impression de maîtrise et de rigueur. Pour une structure comme EFC Lab, dont le nom évoque le laboratoire, cette précision fait partie du message. Une carte sobre, nette, lisible dit « nous savons ce que nous faisons » sans avoir à l’écrire.

À l’inverse, une carte où l’on peine à lire le numéro laisse un petit doute. Si le détail de la carte n’a pas été soigné, qu’en est-il du reste ? Le doute est injuste, mais il existe. Autant ne pas lui laisser de prise.

Comment l’équipage s’y prend

Pour chaque carte, Graph’in ! choisit la typographie en même temps que le logo et la charte, puis la teste en petit corps avant de figer la mise en page. Nous imprimons des épreuves à taille réelle, nous ajustons la graisse, l’interlignage et l’approche, et nous vérifions le contraste sur le papier choisi. Le bon à tirer final vous est soumis avant impression.

Le logo d’EFC Lab vous attend dans sa propre Créa de la Semaine consacrée au logo EFC Lab. Pour une approche plus démonstrative, voyez les cartes très visuelles d’Amoe Lemaistre, ou la façon dont la carte de Pierre-Yves Beaugeard dialogue avec sa signature mail.

Votre carte se compose avec notre studio de création graphique et s’imprime avec notre service Édition & objets publicitaires. Une carte à passer au microscope ? Écrivez-nous. Levez l’encre !

Vos questions, nos réponses

Quelle taille de police pour les coordonnées d’une carte de visite ?

On se situe le plus souvent entre 7 et 9 points pour les coordonnées, le nom pouvant être un peu plus grand. En dessous de 6 points, la lecture devient difficile pour beaucoup de lecteurs. La taille dépend aussi de la police : à corps égal, une police à grandes minuscules paraît nettement plus lisible.

Quelle police choisir pour un texte en tout petit ?

Une police à grande hauteur d’x (des minuscules hautes), aux formes ouvertes, aux traits assez réguliers et aux chiffres bien distincts. Les linéales (sans empattements) sont souvent choisies pour leur netteté en petit, mais certaines polices à empattements dessinées pour la lecture fonctionnent très bien aussi.

Peut-on écrire en blanc sur fond de couleur en petit corps ?

Oui, avec quelques précautions. À l’impression, l’encre du fond peut empiéter légèrement sur les lettres blanches et boucher leurs ouvertures. On choisit donc une graisse un peu plus forte, une police sans traits trop fins, et l’on vérifie le résultat sur une épreuve imprimée à taille réelle.

Comment créer une hiérarchie sur une carte sans grossir le texte ?

En jouant sur la graisse (le nom en gras), la casse (la fonction en petites capitales), la couleur (une seule ligne dans la couleur de la charte), l’espace entre les blocs et l’alignement. Deux ou trois de ces outils suffisent : les utiliser tous à la fois rend la carte confuse.

Comment vérifier qu’une carte de visite est lisible avant impression ?

En l’imprimant à taille réelle sur papier, puis en la lisant à bout de bras et dans une lumière faible. La faire lire à une autre personne, qui ne connaît pas vos coordonnées, révèle les chiffres ambigus. On contrôle enfin l’épreuve de l’imprimeur sur le papier définitif, car la texture peut changer le rendu.